« L’Eldorado s’est effondré » ?

par | 4 Juin 2026 | Général

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« L’Eldorado s’est effondré » ? C’est le titre d’un article récent du Figaro

J’ai voulu réagir devant un tel article « mal foutu » et finalement très faux. Comme si souvent dans la presse mainstream.

Le Figaro l’a écrit sans le moindre témoin.

Cet article affirme que les retraités français fuient le Portugal.

J’ai lu chaque ligne. Le problème n’est pas le pays. Le problème, c’est l’article.

On m’a envoyé l’article. « Retraite au Portugal : pourquoi le mythe de l’Eldorado s’est effondré. » Joli titre. Je l’ai lu deux fois, crayon à la main.

À 75 ans, j’ai appris une chose : un titre qui claque cache souvent un raisonnement qui boite. Celui-là boite des deux jambes.

Accès au guide pour partir vivre au Portugal

 

Je ne vais pas vous mentir pour vous vendre du soleil. Le Portugal a changé. La fiscalité a changé. Je vais vous le dire franchement.

Mais je refuse qu’on enterre un pays vivant avec deux témoins intéressés et zéro chiffre. Reprenons, calmement.

LE VICE DE FORME

Un grand reportage sur un exode… sans un seul partant

Voici le passage que personne n’a relevé. Le journal écrit, noir sur blanc, qu’il n’a pas réussi à joindre un seul retraité sur le départ acceptant de témoigner, même de façon anonyme. Lisez-le encore.

Un article entier sur une vague de départs, et pas un seul partant au bout du fil.

Sur quoi repose alors la démonstration ? Sur deux personnes. La présidente d’une association d’expatriés, qui constate des chaises vides à son repas de Noël. Et une agent immobilière, dont le métier va mieux quand les gens achètent et vendent.

Deux impressions. Aucune donnée de l’INE, aucun chiffre du fisc, aucune statistique de départs.

CE QU’ON APPELLE ÇA

Une table de Noël moins remplie, ce n’est pas une statistique. C’est une anecdote. Bâtir un « effondrement » national là-dessus, c’est confondre une salle de restaurant avec un pays de dix millions d’habitants.

 

LE TOUR DE PASSE-PASSE

La fiscalité au Portugal : le vrai, le faux, et ce qu’on vous cache.

Oui il y a eu des changements dans la fiscalité au Portugal. Des changements qui concernent une partie des nouveaux expatriés. Lire notre article sur la fiscalité au Portugal en 2026.

Là, l’article avance des chiffres. Taux marginal à 48 %. Barème plus dur qu’en France.

Et sur le papier, c’est exact : le Portugal taxe le revenu de 13 % à 48 %, et certaines tranches mordent plus bas qu’en France. Je ne vais pas le nier. Ce serait vous prendre pour un sot.

Mais voilà ce que l’article oublie de vous dire, et ça change tout.

LE PIÈGE DU « 48 % »

48 %, c’est un taux marginal, pas le taux que vous payez. Il ne frappe que la part de revenu au-dessus d’environ 83 700 € par an. Soit près de 7 000 € de pension par mois. Combien de retraités touchent ça ? Une poignée. Pour une pension de 2 000 ou 2 500 € par mois, le taux réellement payé est très loin du chiffre brandi en titre.

 

Deuxième oubli, et il est énorme.

La convention fiscale franco-portugaise de 1971 réserve à la France l’imposition des pensions publiques. Fonctionnaires, enseignants titulaires, militaires, magistrats, agents hospitaliers : votre pension reste taxée en France, le Portugal n’y touche pas. La fin du régime des résidents non habituels ne vous concerne même pas. Tout ce pan de retraités a été balayé du décor par l’article. Comme s’il n’existait pas.

Troisième oubli.

Les retraités déjà installés sous l’ancien régime gardent leur statut jusqu’au bout de leurs dix ans. Personne ne les chasse. La règle a fermé la porte aux nouveaux venus, pas aux installés. L’image du vieux couple qui plie bagage sous le coup d’une « massue fiscale » rétroactive ? Elle est fausse.

Quatrième oubli, et pas le moindre.

Une résidence fiscale, ce n’est pas un tatouage. Si le barème portugais vous pèse vraiment, vous n’êtes pas piégé.

Vous réduisez votre présence au Portugal sous les six mois par an, vous réinstallez votre foyer en France, chez vos enfants par exemple, et vous redevenez résident fiscal français.

On peut vivre six mois ici, le reste là-bas, faire des allers-retours, ajuster d’une année sur l’autre.

Présenter la fiscalité comme une nasse dont on ne sort qu’en bradant sa maison, c’est faux. Ce choix se règle. Il se défait.

À RETENIR

Le Portugal n’a pas augmenté ses impôts. Il a fermé un avantage exceptionnel aux nouveaux arrivants. Et le pays propose désormais l’IFICI, un taux de 20 % pour les actifs qualifiés. Ce n’est pas la fin d’un pays. C’est la fin d’une niche. Nuance que le titre du journal n’avait pas la place d’écrire.

« On ne quitte pas un pays qu’on aime parce qu’une ligne d’impôt a bougé. On le quitte si on n’y avait jamais posé ses valises, seulement son argent. »

LE DÉTAIL QUI GÊNE

Ces « ruinés » qui repartent… avec une belle plus-value

Lisez les commentaires sous l’article. On y savoure l’image du retraité qui rentre « ruiné et dépité ». La réalité est l’exact inverse.

Celui qui a acheté entre 2010 et 2015, quand le Portugal était vraiment bon marché, ça, c’était le vrai Eldorado, et qui revend aujourd’hui, repart avec un joli magot.

Depuis 2015, les prix de l’immobilier portugais ont grimpé de 124 % (Eurostat), soit plus du double. Ce ne sont pas des victimes. Ce sont des gagnants. Ils s’abstiennent simplement de le dire au dîner de famille.

Et non, ce ne sont pas eux qui ont fait flamber les prix. La hausse vient surtout du rattrapage post-crise, d’une pénurie chronique de logements et de la demande interne.

La preuve : en 2025, les prix ont encore battu des records alors même que la demande étrangère ralentissait. Un couple de retraités français dans un village du Minho n’a jamais déplacé le marché national. C’est un ajustement européen, pas un complot d’expatriés.

CE QU’ON NE DIT PAS AU DÎNER DE FAMILLE : Râler sur l’impôt portugais en empochant 100 % de plus-value sur sa maison, c’est tenir la comptabilité par un seul bout.

Sur la vie entière de l’opération, beaucoup de ces « exilés malheureux » ont fait une excellente affaire.

L’ERREUR DE FOND

Réduire un pays à une case du formulaire d’impôt

Voilà le vrai défaut de l’article. Il parle d’un pays comme on parle d’un produit financier.

La fiscalité monte, donc le pays perd sa valeur. Mais on ne vit pas dans un taux marginal. On vit dans un climat, une rue, un marché, un médecin, un voisinage. Et là, le Portugal n’a rien perdu.

Le coût de la vie y reste 20 à 28 % plus bas qu’en France sur les dépenses du quotidien. Le restaurant, environ 36 % moins cher. Le panier de courses, près d’un quart de moins. Sur la sécurité, le Portugal est le 7e pays le plus sûr du monde au Global Peace Index 2025, dans le top 10 sans interruption depuis 2015. International Living l’a même classé pays le plus sûr au monde pour la retraite en 2026.

Ajoutez le climat, la mer, un système de santé accessible, et une douceur de vivre que personne ne met dans un tableur. Une partie de votre impôt en plus, vous la récupérez chaque jour sur tout le reste.

Ça, l’article ne le pèse jamais. Il met l’impôt sur un plateau de la balance et laisse l’autre vide.

Et méfiez-vous d’un autre raccourci : le Portugal n’est pas un bloc. Les prix démentiels et la « colonisation » par une clientèle internationale, c’est l’Algarve et Lisbonne. L’Algarve, tournée vers les anglo-saxons, affiche autour de 2 600 €/m², Lisbonne 2 740 €, quand la médiane nationale tourne plutôt vers 1 600 €.

Le Nord et l’intérieur restent nettement plus abordables. Et si l’on cherche une communauté francophone, elle est là : le principal témoin de l’article préside elle-même une association de Français… à Porto. Dans le Nord, on parle français dans bien des villages. La vraie vie portugaise, abordable et accueillante, ne se joue pas sur les greens de l’Algarve.

UN CONSTAT D’EXPATRIÉ

Le vrai profil de ceux qui repartent

J’ai été expatrié plusieurs fois, et pas qu’au Portugal. J’ai vu le même schéma partout.

Le retraité français classique n’est pas toujours un grand aventurier. Il veut ses produits français, son pain français, et souvent sa télé française captée jusqu’au bout du monde. Il reconstitue une petite France portative, puis s’étonne de se sentir étranger.

Ceux-là ne partent jamais vraiment nulle part. Ils emportent la France avec eux, comme une coquille.

Le jour où l’avantage fiscal se réduit, et il était souvent plus mince qu’ils ne l’imaginaient, ils n’ont plus aucune raison de rester, parce qu’ils ne sont jamais arrivés.

Venus pour un chiffre sur un formulaire, jamais pour le pays, jamais pour la langue, ils cherchaient un profit en partie illusoire. Le gain était à moitié réel, l’attachement à zéro. Forcément, ils repartent. Mais ça dit tout d’eux, et rien du Portugal.

LE SEUL POINT JUSTE

La langue : là, le journal a raison. Et tant mieux.

Une phrase de l’article est vraie. Certains se sont isolés, n’ont jamais appris le portugais, ont vécu en vase clos entre Français. Et ils se sont sentis étrangers chez eux. C’est exact.

Mais ce n’est pas la faute du Portugal. C’est la conséquence d’une expatriation faite à moitié.

Je le dis sans détour, parce que c’est mon métier : on ne s’installe pas dans un pays, on s’installe dans une langue et dans une communauté. Apprenez le portugais, même mal, même tard. Dites bonjour à votre boulanger dans sa langue. Vous verrez si « le Français est mal reçu ». Les Portugais sont parmi les peuples les plus accueillants que je connaisse, à condition de tendre la main d’abord.

MON CONSEIL DE VIEUX COACH

Ne venez pas au Portugal pour fuir un impôt. Venez-y pour vivre. Si vous venez pour vivre, un changement de barème ne vous fera pas plier bagage. Si vous venez seulement pour la niche fiscale, partez où vous voulez : vous serez un étranger partout.

 

Ce que dit le Figaro  vs  ce qu’il oublie

Le même sujet, mais avec les pièces du dossier sur la table.

L’article du Figaro La réalité, vérifiée
« Beaucoup de retraités ont fui. » Le journal n’a trouvé aucun partant à interviewer. La thèse repose sur deux témoins, pas sur des chiffres.
« Une fiscalité bien plus élevée qu’en France, jusqu’à 48 %. » 48 % est un taux marginal, atteint au-delà de ~83 700 €/an. Sur une pension normale, le taux payé est bien plus bas.
Tous les retraités seraient touchés. Les pensions publiques (fonctionnaires, enseignants, militaires) restent imposées en France. Le Portugal n’y touche pas.
La « massue fiscale » s’abat sur les installés. Les bénéficiaires de l’ancien régime gardent leur statut jusqu’à 10 ans. La réforme ne vise que les nouveaux arrivants.
Le Portugal n’a plus d’attrait. Vie 20 à 28 % moins chère qu’en France, 7e pays le plus sûr du monde, climat et santé accessibles. Rien n’a bougé là-dessus.
« Le Français n’est pas bien reçu. » Opinion d’un seul témoin. L’accueil dépend surtout d’un effort : apprendre la langue et sortir de l’entre-soi.
Si l’impôt pèse trop, on est piégé. Non. On peut repasser sous les 6 mois de présence et redevenir résident fiscal en France. Le choix reste réversible.
Ils rentrent « ruinés et dépités ». Beaucoup revendent un bien acheté il y a 10-15 ans avec une plus-value massive (+124 % de prix depuis 2015). Ce sont des gagnants.
Les expats ont fait flamber l’immobilier. Hausse surtout due à la pénurie de logements et à la demande interne ; les prix ont battu des records en 2025 malgré le repli étranger.
C’est partout pareil au Portugal. L’Algarve et Lisbonne concentrent prix extrêmes et clientèle internationale. Le Nord et l’intérieur restent abordables et francophones.
Les retours prouvent l’échec du pays. À un âge avancé, on rentre pour la famille et la langue, pas faute de soins. Ça arriverait de n’importe quel pays d’expatriation.

 

POUR FINIR

Alors, l’Eldorado est mort ?

L’Eldorado de l’impôt à zéro, oui, il est derrière nous. Et c’est sain : un pays ne se construit pas durablement sur une exonération. Je ne suis pas le seul à le dire, s’expatrier seulement pour la fiscalité est une erreur..

Mais le Portugal pour y vivre bien, en sécurité, au soleil, sans se ruiner ? Il est toujours là. Bien vivant. Simplement, il ne se choisit plus avec une calculette d’optimisation. Il se choisit avec un vrai projet de vie.

Et oui, certains rentrent. À 78, 80 ans, quand la santé devient fragile, beaucoup reviennent en France. Pas parce que la médecine portugaise serait mauvaise, elle ne l’est pas, mais pour être près des enfants et des petits-enfants, et pour être soigné dans sa langue, ce qui compte énormément quand on est vulnérable. Ce n’est pas le Portugal qui échoue. C’est la vie, et ça arriverait de n’importe quel pays. Compter ces retours-là comme la preuve d’un « effondrement », c’est malhonnête.

Et un vrai projet, ça se chiffre sur votre situation. Pas sur un titre de journal.

VOTRE PROCHAINE ÉTAPE

Faites le calcul sur votre cas, pas sur une peur.

Pension publique ou privée, revenus locatifs, dividendes : votre fiscalité au Portugal n’a rien à voir avec celle du voisin. Avant de croire ou de fuir un titre, posons vos chiffres à plat ensemble.

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1 Commentaire

  1. Jean

    Pas besoin de longues discussions pour être en accord avec vous sur le ridicule de cet article qui n’est pas le seul dans ce sens du genre « Fini le Portugal, les retraités Français ont trouvé un petit coin d’accueil formidable….dernièrement dans le MOR BIHAN (en Breton Petite Mer).
    La France s’écroule sur elle même dans tous les domaines: économie, endettement, santé, délinquance, immigration, enfin elle est au 35ème rang des Gens heureux d’y vivre !
    Alors les considérations fiscales du départ (pour moi en 2015) statut RNH et avantages fiscaux et sociaux, c’est bien loin 11 ans après, aujourd’hui c’est le calme; la zénitude de vivre sa retraite sans se prendre la tête le matin au p’tit déj.
    Plus de revue de presses, plus de radio ni de télé Françaises.
    UNE VRAIE CURE SALUTAIRE.
    Merci une fois de plus pour votre plume.
    JP BROSSAULT

    Réponse

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