Le Portugal, meilleur élève des pays du sud de l’Europe (Le Monde)
Le budget adopté le 31 octobre prévoit un déficit public de 0,2 % en 2019.

La comparaison est un peu facile, mais elle est tentante. Tandis que, d’un côté, l’Italie poursuit le bras de fer avec Bruxelles autour de son budget, de l’autre, le Portugal a adopté le sien sans faire de bruit, en première lecture, mercredi 31 octobre. Le contraste entre les deux pays est grand : si Rome table sur un déficit public à 2,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2019, contre 1,8 % cette année, Lisbonne prévoit de réduire le sien à 0,2 % du PIB – un niveau historiquement bas –, contre 0,7 % en 2018. Et ce, sans pour autant renoncer à une politique sociale généreuse. « C’est un budget qui renforcera la confiance ; la stabilité politique maintenue ces trois dernières années l’a rendue possible », a déclaré le premier ministre socialiste, Antonio Costa.
Le texte doit encore être passé au crible des commissions parlementaires, avant une adoption définitive le 29 novembre. Dans le détail, le gouvernement table sur une croissance de 2,2 % en 2019, après 2,3 % cette année et le record de 2,8 % en 2017. La dette publique, qui a culminé à 129,9 % du PIB en 2016, devrait tomber à 118,5 % en 2019. Côté dépenses, l’exécutif prévoit d’augmenter l’investissement dans les infrastructures, de renforcer les subventions pour les transports en faveur des familles vivant dans les agglomérations de Porto et Lisbonne, ou encore de relancer les progressions de carrière pour les fonctionnaires, gelées depuis 2009 : les salaires publics devraient ainsi gonfler de près de 3 % en moyenne. Les pensions publiques devraient également augmenter plus vite que l’inflation en 2019.
L’opposition de droite n’a pas manqué de dénoncer ces dépenses, les qualifiant « d’électoralistes ». A l’autre bout du spectre, la gauche radicale, qui soutient le gouvernement, estime qu’elles manquent d’ambition. Dans les deux cas, les formations politiques sont déjà en ordre de bataille pour les élections législatives de l’automne 2019.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/11/02/le-portugal-meilleur-eleve-des-pays-du-sud-de-l-europe_5377934_3234.html
Le Portugal prépare un budget sage (Les Echos)
Le gouvernement veut garder le cap de la modération des dépenses publiques malgré la pression de ses alliés d’extrême gauche.
C’est le dernier budget du gouvernement d’Antonio Costa. Mais c’est le plus compliqué pour le premier ministre portugais qui entre dans la dernière année de son mandat, en attendant les élections législatives de l’automne prochain. Les grandes lignes du projet de loi sont présentées au Parlement ce lundi, juste avant leur envoi à Bruxelles, mais les discussions devraient se poursuivre, ensuite, d’ici le vote prévu en novembre prochain.
L’ambiance de précampagne est en effet en train de compliquer les relations de l’exécutif socialiste avec ses alliés d’extrême gauche et le plan budgétaire se prépare sous la pression des communistes du PCP et les radicaux du Bloc de gauche, qui tous souhaitent tirer leur épingle du jeu et aborder la campagne électorale avec dans leur manche l’atout de nouvelles conquêtes sociales.
Un déficit à 0,2 % en 2019
Leurs exigences s’affrontent avec la ligne du ministre des finances, Mario Centeno , qui prétend laisser le pays avec des comptes proches de l’équilibre l’an prochain , avec un déficit à 0,2 % en 2019 (contre 0,7 % prévu pour 2018). L’objectif de limitation des dépenses publiques tenu ces dernières années ne devrait donc pas varier, même si le gouvernement négocie avec l’extrême gauche un calendrier progressif de hausse des retraites et des salaires de la fonction publique. Il prévoit aussi la baisse de la facture énergétique des ménages, de nouvelles aides à l’éducation et une incitation au retour pour les émigrés économiques partis avec la crise en leur offrant une réduction de 50 % d’impôt sur le revenu. Côté recettes, il prépare un relèvement des contributions de 1,5 % à 2 % pour les patrimoines au-dessus de 1,5 million d’euros, et une hausse des taxes sur les sacs en plastique et sur les boissons sucrées.
Confiance des marchés
Malgré les complications de la négociation, la situation est nettement plus confortable pour Lisbonne cette année que les précédentes. Le pays a redressé ses comptes publics, la croissance se maintient (2,2 % attendus l’an prochain), le chômage (à 6,7 %) poursuit sa décrue et la confiance des marchés est retrouvée, avec pour preuve la décision de l’agence de notation Moody’s de sortir la dette souveraine portugaise de l’investissement spéculatif, comme Fitch et S & P l’avaient déjà fait l’an dernier .
Le ministre des Finances refuse néanmoins de baisser la garde. « Il n’y a pas de marge pour la complaisance et les solutions apparemment faciles de type populiste », dit Mario Centeno, en avertissant que le pays doit se préparer à un ralentissement de l’économie qui arrivera « tôt ou tard » et qu’il faut appuyer les réformes structurelles de l’économie. Car pour lui, si le Portugal a réussi à rebondir, c’est précisément grâce à une politique budgétaire attentive qui a conduit vers « la crédibilité, la stabilité sociale et une croissance inclusive ».
https://www.lesechos.fr/monde/europe/0302402737325-le-portugal-prepare-un-budget-sage-2213421.php
Tout le monde en Europe a les yeux braqués sur le budget de l’Italie, qui semble inacceptable pour l’Europe. Mais cette semaine, beaucoup plus discrètement, a été rendu public le budget du petit Portugal. Et le Portugal est en train de réussir économiquement contre l’orthodoxie de Bruxelles. C’est « le monde à l’envers »

Ni vu ni connu, le Portugal est en train de devenir le bon élève de la zone Euro !
Dans son projet de budget 2019, dévoilé il y a 48 heures, le gouvernement portugais prévoit de ramener son déficit à 0,2% du produit intérieur brut : un record depuis, tenez-vous bien, 40 ans !
Le tout avec une prévision de croissance maintenue au-dessus de 2%. De quoi faire rêver la plupart des pays européens. Et ce phénomène est saisissant, pour plusieurs raisons.
D’abord, c’est un retournement de situation : regardons d’où vient ce pays de 10 millions d’habitants.
Flash-back : de 2011 à 2016, le Portugal était au fond du trou ! Souvenez-vous, en 2011, tout le monde annonçait déjà qu’après la Grèce, c’était le prochain sur la liste. Le pays était au bord du défaut de paiement, soumis à une énorme cure d’austérité et à 3 années de récession. Le tout avec un chômage à 17% !
En très peu de temps, tout s’est inversé. Le chômage est redescendu à 7%. Prévision pour l’an prochain : 6,3.
La croissance est stable, les exportations sont reparties. L’automobile, l’immobilier, le textile, le tourisme portent l’économie. Les investissements étrangers sont à la hausse.
Le seul point noir reste l’endettement (le 3ème le plus élevé de la zone euro) mais la situation s’améliore : 130% du PIB il y a 4 ans, 118 prévus l’an prochain. Du coup, les agences de notation ont sorti le Portugal de la catégorie « pays spéculatif ». Vendredi dernier, Moody’s l’a même classé en « perspective stable ».
C’est un redressement spectaculaire. Et les bonnes nouvelles économiques sont trop rares en Europe pour passer à côté.
Une politique de gauche de relance par la consommation
Alors que fait donc le gouvernement portugais pour arriver à pareil résultat ? C’est là où ça devient encore plus fascinant : depuis trois ans, le Portugal fait tout ce que Bruxelles déteste.
Depuis 2015, le pays est dirigé par une coalition de gauche : gouvernement socialiste soutenu par les communistes, les écologistes et le « front de gauche » local. Et non content de se dire de gauche, il mène une politique de gauche, ce qui est devenu une « anomalie » en Europe.
Vous voulez des exemples ? En veux-tu en voilà !
Dans son budget de l’an prochain, le Portugal prévoit d’augmenter de 3% les salaires de la fonction publique, de créer 5 nouveaux hôpitaux et de multiples centres de santé et d’améliorer la protection sociale pour les familles.
En l’espace de trois ans, il a déjà :
– Augmenté le salaire minimum, tous les ans ;
– Amélioré les petites retraites ;
– Arrêté les privatisations demandées par Bruxelles ;
– Et réformé le code du travail pour limiter les CDD.
Il envisage aussi d’accroitre les impôts pour les hauts revenus.
Bref c’est bien une politique de gauche, de relance par la demande et la consommation, aux antipodes de l’austérité préconisée par Bruxelles ces dernières années. Et ça marche !
La discrétion européenne
Evidemment ça ne fait pas l’unanimité.
La droite portugaise ne conteste pas les bons résultats. Mais pour elle, ces succès sont le fruit des années de rigueur qui ont précédé, cette rigueur que la droite avait imposée avant 2015. En résumé, les Socialistes tireraient les marrons du feu. Tout en conservant une politique de droite sur un aspect clé : la maîtrise des comptes publics.
A l’autre bout de l’échiquier politique, les partenaires communistes du gouvernement et la CGT estiment que ça ne va pas assez loin. Et qu’il faut augmenter davantage encore les petits salaires.
En fait, tout le monde se prépare pour les prochaines élections prévues dans un an au Portugal.
Mais le plus révélateur dans tout ça, c’est la discrétion de l’Europe. Bruxelles se garde bien de saluer trop ostensiblement les résultats portugais.
Tout juste dit-on que cette recette n’est pas transposable ailleurs dans l’Union parce que le coût du travail reste très bas au Portugal, et parce que le pays demeure une terre d’émigration.
Cette discrétion bruxelloise est surtout révélatrice d’une forme d’embarras : le fait est que le petit Poucet portugais réussit en faisant à peu près l’inverse de ce que demande la commission européenne.
https://www.franceinter.fr/emissions/la-chronique-de-jean-marc-four/la-chronique-de-jean-marc-four-18-octobre-2018







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