La politique au Portugal est originale en comparaison avec d’autres pays européens dont la France. Pouvez-vous imaginer que :
- Les hommes politiques principaux sont aimés et appréciés, même après des années de pouvoir et de gestion du pays !
- il y a une continuité et une évolution tranquille des partis, y compris des nouveaux partis.
- Il semble qu’il y ait une grande dose de réalité et de sagesse dans la gestion du pays.
- La démocratie fonctionne plutôt très bien au Portugal.
Tout n’est pas rose mais le paysage politique et son fonctionnement sont fort intéressants à étudier.
Comprenons la Politique au Portugal ?
Le Portugal est une république de type semi-présidentiel, régie par la Constitution de 1976.
- Le pouvoir exécutif incombe essentiellement au gouvernement, bien que le président de la République conserve d’importantes prérogatives en matière de politique étrangère et de défense, ainsi qu’un droit de véto.
- Le pouvoir législatif est quant à lui exercé par un parlement à chambre unique, « l’Assembleia da Republica », élue pour quatre ans au scrutin proportionnel à un tour. L’Assemblée de la République compte 230 députés, dont 4 représentants des Portugais de l’étranger (ce qui est très faible).
Contrairement à la France où le pouvoir remonte totalement au Président qui assume tous les pouvoirs et, à vrai dire, n’a actuellement aucun contre-pouvoir à tolérer, le Portugal a deux têtes. Et cela marche fort bien avec un gouvernement qui agit mais peut être modéré par le Président.
C’est un gouvernement républicain et démocratique.
Le Président de la République
Le président de la République est Marcelo Rebelo de Sousa (conservateur), qui a succédé en 2016 à Anibal Cavaco Silva (également conservateur), non rééligible après deux mandats successifs. Le 24 janvier 2021, il est réélu au premier tour du scrutin dans un pays confiné et frappé de plein fouet par la pandémie de Covid-19. A noter que le président de la République portugaise est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. C’est donc actuellement le dernier mandat possible pour le très aimé Marcelo. Il est toujours très demandé pour des selfies ! Et s’y prête toujours de bonne grâce.
Très important : Notons que tout candidat à la présidence doit disposer d’au moins 7500 parrainages de citoyens inscrits sur les listes électorales, dont la validité est contrôlée par le Tribunal constitutionnel, et soumettre sa candidature au plus tard un mois avant la tenue du premier tour. L’élection de 2016 fut celle comportant le plus grand nombre de candidatures, ce dernier s’élevant alors à 10. C’est simple et ouvert à tous, pas de signatures de maires obligés de se justifier et de respecter leurs partis. Quant on voit le problème en France pour les partis minoritaires ou nouveaux …Cela fait rêver. Démocratie ?
Rien qu’à ce niveau il y a déjà une démocratie qui fonctionne AVEC le peuple portugais et pas seulement avec des élites et des politiques, sans le peuple.
Notons aussi qu’il mène une vie ordinaire et sans gardes du corps. Je trouve que c’est une immense différence qu’un Président puisse aller et venir normalement, sans risques et sans protection spéciale. Très peu de pays autorisent ce respect et cette sécurité. Mais c’est aussi le résultat en retour de l’attitude de ce Président qui respecte son peuple et l’aime réellement. Peut-être que la sagesse de l’âge importe aussi. En tous cas, quelle immense différence avec le régime présidentiel monarchique de la France.

Marcelo au bain seul
Cet exemple illustre bien la très grande sécurité au Portugal. Souvent décrite dans mes articles ici ou ici . La sécurité est un TOUT, qui commence en haut pour exister pour les plus humbles. Si les « grands » se protègent de leur coté et délaissent le peuple, il n’y a pas de sécurité finalement pour tous.
Le Premier Ministre issu du Parlement
Le gouvernement est depuis 2015 d’une autre orientation que le Président conservateur. C’est une sorte de cohabitation. Qui se passe fort bien d’ailleurs, là aussi un calme et une gestion des différences qui donnent envie aux français.
Regardons comment Antonio Costa est arrivé au pouvoir en 2015. C’est d’une grande habileté politique.
Le 4 octobre 2015, le Premier ministre sortant Pedro Passos Coelho arrive en tête des élections législatives avec le Parti social-démocrate (PSD, centre droit), mais doit renoncer à son poste à la suite d’un vote de défiance du Parlement. António Costa et le Parti socialiste (PS, centre gauche), deuxièmes de l’élection, sont portés au pouvoir. António Costa réussit cette manœuvre grâce à l’alliance historique du Parti socialiste avec le Bloc de gauche et le Parti communiste portugais, qui acceptent de soutenir sans participation le gouvernement minoritaire socialiste. C’est le début de cette cohabitation avec un Président conservateur et un gouvernement socialiste.

Le premier ministre Antonio Costa
Cet accord, signé, obligeait le Parti Communiste et le Bloco de Esquerda de respecter les grandes décisions du gouvernement PS, dont le budget de l’Etat. C’était la Geringonça, que l’on pourrait traduire en français par « bidule ». Un truc fait de bric et de broc, qui risque de s’écrouler n’importe quand, mais qui fonctionne. Très portugais , réaliste et sans trop de blabla !
Le 6 octobre 2019, le parti socialiste mené par António Costa arrive de nouveau en tête des élections législatives. Son alliance avec la gauche radicale, et donc son gouvernement minoritaire, sont reconduits.
Mais en octobre 2021, le projet de loi de finances pour 2022 est rejeté par l’Assemblée de la République, c’est la rupture entre les socialistes au pouvoir et ses alliés de la gauche radicale (bloc de gauche et communistes). En réaction, le président Marcello de Sousa annonce dissoudre le Parlement, et provoque des élections anticipées pour le 30 janvier 2022.
Les élections de Janvier 2022 : le PS majoritaire
Une incompréhension s’est installée au Portugal. Pourquoi les « bloquistes » ont-ils fait tomber le gouvernement ? Pourquoi avoir provoqué de l’instabilité, pour des considérations somme toute très dogmatiques ? Les communistes et les « bloquistes » trouvaient que le PS n’investissait pas assez dans le social. Pourtant le salaire minimum avait été remonté progressivement.
Alors ils ont été tenus comme responsables de ces nouvelles élections, et risquaient d’être punis… ce qui est arrivé. Une punition ravageuse pour le Bloco de Esquerda. Une « punition » des électeurs, qui ne comprennent toujours pas pourquoi le « Bloco » a fait tomber le gouvernement.

Catarina Martins, à la tête du Bloco de Esquerda
Considéré comme étant la personne la plus compétente au poste de Premier Ministre, António Costa a été reconduit. La confiance des Portugais est encore plus marquée en 2022, malgré la pandémie. Les Portugais sont, dans l’ensemble, satisfaits du gouvernement de ces 6 dernières années.
La majorité absolue a été atteinte cette fois-ci, provoquant le deuxième meilleur score du PS de l’histoire démocratique du Portugal. L’électorat de gauche s’est massivement reporté sur le PS, voulant deux choses :
- La stabilité du gouvernement.
- La punition des fauteurs de trouble par dogmatisme abscons.
Avec près de 42% des voix et 117 députés déjà élus, plus de la moitié du Parlement est désormais socialiste. Pour rappel, en 2019, le PS avait fait 36%, et en 2015, 32%. Une progression constante. Avec une majorité absolue, le PS peut faire cavalier seul. Il est libre de gouverner comme bon il l’entend. La responsabilité est par conséquent immense. Rendez-vous dans quatre ans !
Notons donc cette stabilité et cette gestion appréciée d’Antonio Costa. Il y a une montée d’un parti de droite, Chega, C’est peut-être la plus grande nouveauté des élections 2022. Le Chega est devenu la troisième force politique au Portugal. Une montée fulgurante, principalement due à la personnalité de son leader, André Ventura. Ils passent du seul député André Ventura en 2019 à 12 députés en 2022 et 7% des voix.
Mais le pays n’est pas réellement plus à droite, c’est un glissement du parti CDS vers le Chega qui le remplace de fait. Donc stabilité quasi complète de la politique au Portugal mais expression sereine des divers courants politiques.
La démocratie au Portugal : Créer un parti et les bulletins de vote
Regardons comme fonctionne la démocratie avec la possibilité de créer un parti. Parce que franchement, cette démocratie est réelle et ouverte au peuple. Ce qui explique bien aussi le respect mutuel des institutions et de ceux qui ont le pouvoir.
Créer un parti politique au Portugal : une jolie solution !
C’est tout bête : pour créer un parti politique au Portugal, il suffit d’avoir 7500 personnes qui décident de le faire. Elles déposent leur signature, leur identité au Tribunal Constitutionnel. On limite ainsi la création de partis fantaisistes, tout en gardant la représentativité nécessaire. Et surtout, on met tout le monde sur un pied d’égalité dans l’isoloir.
En France, pour faire un parti politique , il suffit de créer une association Loi 1901 à caractère politique. En gros, il suffit d’une poignée de personnes. Alors il existe des milliers de petits partis qui n’ont d’autre fonction que de collecter de l’argent. Mais il n’y a plus rien de démocratique dans cette soit-disant liberté.
D’autant que, au Portugal, avec le nombre réduit de partis réellement actifs, les bulletin de vote les cite tous et permet de tous les choisir. Il y en a donc moins mais plus représentatifs et on peut voter pour eux. Simple ET démocratique, vraiment.
Car le bulletin de vote lui-même est fourni le jour même de l’élection, au bureau de vote. Dessus, on y trouve l’ensemble des candidats. On coche la case du candidat que l’on souhaite faire élire, et on met son bulletin dans l’urne. Pour être bien sûr qu’il n’y a pas de favoritisme, l’ordre des candidats sur le bulletin est tiré au sort. Aux européennes 2019, c’est l’extrême gauche radicale qui est en premier, en 2014, c’était le Parti Socialiste.
Ces deux règles, création d’un parti et bulletin de vote, sont toutes simples et marchent fort bien. Pourquoi ces règles démocratiques sont-elles réservées au Portugal ? Trop simple pour les autres pays ? Ou trop démocratique ? La Politique au Portugal est simple mais marche bien.
Il y a tellement de choses qui marchent bien au Portugal qui ne sont jamais copiées ailleurs. Comme la dépénalisation tranquille des drogues. Cela marche, on n’en parle jamais ailleurs. Lisez le rapport sous le lien précédent. C’est incroyable que le Portugal a depuis 20 ans une approche unique au monde et qui fonctionne bien, en étant très précisément surveillée et validée. Voila une politique simple, bien gérée, utile, mesurée et suivie à travers des équipes politiques différentes. Et respectueuse des êtres humains avec des problèmes de drogue. Une vraie action politique !
Les portugais de l’étranger : ignorés ?
Il faut bien qu’il y ait au moins un défaut ! Alors le voila !
Je laisse parler le très bon site « Le Portugal en français » qui m’a déjà fourni beaucoup d’informations pour cet article. C’est un site qui permet de bien comprendre le Portugal, écrit par un portugais revenu au Pays, José da Silva.
Le nombre de députés élus par les portugais de l’étranger reste inchangé : 4 seulement ! 2 pour les portugais habitant en Europe, 2 pour les autres.
Faites vos calculs : 4 députés seulement pour 1,4 millions d’électeurs à l’étranger, et 226 députés pour les 9,3 millions d’électeurs au Portugal. Les portugais de l’étranger, comme ils le ressentent fort justement, comptent pour du beurre.
Cette réalité est peut-être responsable du désintéressement des émigrés envers la politique portugaise. Malgré la croissance exponentielle du nombre d’inscrits, le taux d’abstention a augmenté légèrement, se rapprochant presque des 90% !
Au Portugal, les émigrés sont loin. Loin des politiques, loin des préoccupations quotidiennes. Ils ne sont en effet pas directement concernés par la gestion du pays au jour le jour.
Ce ne sont pas vraiment eux qui vont souffrir du manque de maternités ou profiter de meilleures écoles. Il n’empêche, les portugais de l’étranger restent très attachés à leur pays d’origine. Mais c’est un attachement qui n’est pas forcément politique. Le désintéressement des émigrés de longue durée pour les élections ne date pas d’hier, mais l’éloignement n’explique pas tout. Du côté du Portugal et de ses gouvernements successifs, on a aussi tendance à ignorer les émigrés.
Relégués par les autorités portugaises à une citoyenneté « au rabais », les émigrés sont découragés d’exercer leur droit de vote. Il faut dire en toute vérité que les émigrés ne demandent pratiquement jamais rien. Ils sont partis du Portugal, parce que justement leur pays ne pouvait rien pour eux. Habitués à ne rien réclamer, ils ont préféré agir par leurs propres moyens plutôt que d’attendre qu’un jour, peut-être, ça tombe tout cuit dans leur bouche.
Le réalisme de la politique au Portugal
Nous avons vu l’organisation plutôt sympathique et démocratique des organes politiques. Clairement cela fonctionne et les portugais trouvent (au moins depuis 2015-2016) des hommes capables, honnêtes et humains. N’oublions pas que Le Portugal est profondément humaniste. Même le pire dictateur, Salazar, était pétri de considérations tout simplement chrétiennes.
Ce qui m’étonne, c’est le grand réalisme des partis principaux, conservateurs ou le PS.
Antonio Costa est socialiste mais il ne gaspille pas l’argent public en subventions et aides à tout va. C’est un socialiste relativement dur ! Je l’ai entendu dire aux professeurs, il y a quelques années qui se plaignaient de n’avoir eu AUCUNE augmentation de salaire en 8 ans : « Non, on ne peut pas ! » et c’est tout, tout le monde est reparti travailler. Tout est là, un politique qui ne camoufle pas la réalité économique, un peuple qui l’admet et serre les rangs, peut-être parce qu’on ne lui ment pas.
De même il y a eu il y a quelques années, un début de grève des transporteurs de matières pétrolières. Costa a cassé le mouvement en deux jours et sollicitant immédiatement l’armée. Point final, roulez !
C’est dur mais efficace et surtout on ne gaspille pas en subventions purement électoralistes à chaque protestation, le PS gère réellement le pays. Il ne rêve pas, et c’était le Blog de Gauche qui était idéologue. Là encore, le même nom mais rien à voir avec le PS de France.
Première femme noire ministre de la Justice au Portugal
Il y a ici une constante, on nomme aux postes importants, même prestigieux la personne qui est compétente, même sans qu’elle soit dans le parti au Pouvoir. Pas exemple Mme Francisca Van Dunen.
Mme van Dunem est une personne compétente, fine connaissance des méandres de la justice portugaise. Titulaire d’un ministère régalien, sa nomination à ce poste si prestigieux n’a provoqué aucune émotion particulière. Pourtant, elle est noire.

Mme Francisca Van Dunem
Sa nomination en tant que ministre par Antonio Costa était la suite logique de sa longue et brillante carrière de magistrate. On la pressentait Procureur de la République, ou juge du Tribunal Suprême.
Il n’empêche, ce fut une surprise. Elle n’était pas membre du Parti Socialiste, et n’avait jamais fait de combat politique. Parce que malgré son CV, ses compétences, elle n’en est pas moins une femme, et noire. Mais cette surprise fut vite balayée par ses compétences. Il était évident que c’était Francisca van Dunem la personne idéale pour ce ministère.
Le peu de cas finalement fait par les médias portugais sur cette nomination démontre l’état d’esprit portugais. Les personnes qui œuvrent pour le bien commun, compétentes, sont respectées.
Pas de Blabla médiatique, un bon travail, un respect mutuel, la politique au Portugal ! Pourquoi pas ailleurs ?
Alors profitez-en ! On ne s’énerve pas avec la Politique au Portugal, on préfère râler sur le football que sur les frasques des politiciens. Il y en a eu certes (avec de jolis pourris) mais actuellement c’est vraiment agréable. Et la sécurité et tranquillité du pays montre bien la bonne organisation politique et la qualité des dirigeants. Profitez-en !












Bonjour , je viens de lire avec grand plaisir votre article concernant la » Politique au Portugal ».
Il est vrai qu en France , nous avons beaucoup à apprendre de vous .
Vous parlez des émigrés Portugais , mais vous ne parlez pas de l immigration musulmane dans votre cher pays , qu en est il ?
Bien cordialement .
GD
Cette émigration musulmane est très, très limitée.
Heureusement, car c’est pour moi une des raisons majeures de mon souhait de venir au Portugal. Cette population est encore assez homogène et c’est cela qui explique, en partie, la tranquillité et le calme et la sécurité au Portugal.
En France il est interdit de simplement constater le fait qu’il y a une majorité de musulmans dans nos prisons. L’expression de réalités est interdite en France. Très étonnant.
Merci encore pour vos lettres.
C’était un plaisir de vous lire, vraiment je suis fier d’être portugais et rgrette sie ma santé (je suis hémiplégique en fauteuil roulant) ne me permette pas de retourner vivre dans mon joli pays…
Merci pour vos articles toujours très intéressants.
Il est vrai que ce système politique laisse rêveur.
On est tellement loin des pratiques françaises qui font que les politiques ne sont que très rarement appréciés.
Mais on a les politiciens que l on mérite
Bon rétablissement !
Bravo 👏🏻👏🏻👏🏻 Pour votre article sur les élections au Portugal récente 👍je suis nouvelle arrivée et connaissais très peu le fonctionnement politique du pays ! Grâce à vous maintenant, je sais … Mille mercis 🙏 et un bon rétablissement à vous Monsieur
Merci pour cet article qui présente un Gouvernement qui semble intègre et non une politique de corrompus comme nous avons désormais en France. Pouvoir rencontrer le Président sans garde du corps mais comme tout homme ordinaire est vraiment un privilège. C’est vrai que cela fait rêver.
Merci pour ce bel article nous avons 2 petites maisons à TAVIRA et je ne regrette pas d avoir choisi ce pays calme pour fuite la France de temps en temps on se sent comme chez nous du Portugal dans la France il y a 50 zns
Très bel article , clair et mettant en relief les différences qui font LA DIFFERENCE entre une démocratie populaire et une monarchie sur le déclin….j’ai hâte d’y être.
Bonjour, merci pour l’article très clair et précis!
Pouvez-vous expliquer poirquoi le gouvernement précédent celui-ci est considéré comme corrompu et “voleur” par les Portugais?
Un très bel article, qui nous donne espoir pour l’avenir de l’Europe
Espérons.